De la gare aux Deux-Lions, le tram en "signaux urbains"

Publié le par Arnoul MAFFRE

Le dernier épisode de la quadrilogie sur le futur PLU de la Ville de Tours, vu depuis le tram, va nous emmener de la gare aux Deux-Lions, via le carrefour de Verdun. Que dit le PLU sur ce parcours ?


Quartier Gare

Le coeur du quartier gare sera sans doute ce que l'on appelle actuellement l'îlot Vinci. Ce pâté d'immeubles, dont on a déjà beaucoup parlé, sera entièrement rasé à l'automne prochain. Pour une part, il s'agit de laisser la place au tramway et à sa station "Gare de Tours", et les expropriations ont lieu dans le cadre du projet du Sitcat. Pour le reste de l'îlot, si le PLU est accepté, il s'agit de faire table rase des immeubles actuels pour construire un "signal urbain". Il s'agirait probablement d'une ou deux tours d'une hauteur ne dépassant pas 58 mètres. Le projet est encore suivi de près par l'architecte des Bâtiments de France, "à cause de la covisibilité avec la gare, monument historique", explique l'adjoint au maire de Tours Alain Devineau, en charge de l'urbanisme et du patrimoine.


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Avec un tour qui prendrait place à droite de la photo, avis aux amateurs de contraste architectural ! Place du Maréchal Leclerc, Tours, 6 avril 2010.

Et que met-on dans ce projet ? "Un signal urbain très fort, dans lequel on peut prévoir un espace hôtelier, des bureaux et des logements", répond l'adjoint. Une construction qui doit être terminée en septembre 2013, conjointement à la mise en service du tram. 


Le carrefour de Verdun

Le PLU veut en faire une "place de Verdun", notamment en reconstituant une symétrie des façades nord. Un objectif déjà partiellement rempli par le projet immobilier qui verra le jour le long du boulevard Wagner, à l'est du carrefour. L'imposant immeuble, à l'architecture soignée, sera construit par Bouygues Immobilier(1) et comprendra des logements et résidences étudiantes. L'opération résulte de la vente d'une partie du terrain de la Nouvelle République, dont le siège est implanté là. Là encore, le bâtiment doit être livré fin 2013.

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Asymétrie des façades nord carrefour de Verdun. Tours, 30 décembre 2010.


Le quartier des Deux-Lions

L'urbanisation du quartier touche presque à sa fin. Le grand projet immobilier "Maisons Blanches" est terminé, entre l'avenue Michelin, l'avenue de Pont-Cher et l'allée de Lesseps, où sera implantée la station de tram desservant l'Heure Tranquille. Des immeubles de sept étages voient actuellement le jour le long de l'avenue de Pont-Cher. Un terrain demeure cependant disponible au droit du Pont Saint-Sauveur. Le PLU y prévoit... un signal urbain. "Des tours destinées en priorité à des bureaux", affirme Alain Devineau. Avec une hauteur de 65 mètres, l'édifice égalerait presque les plus hautes tours des Rives du Cher, mais avec une esthétique radicalement différente.

Le quartier des Deux-Lions joue donc sur la densité et sur le contraste des aménagements. Faisant pendant au quartier, de l'autre côté des platanes de l'avenue de Pont-Cher, la plaine de la Gloriette se voit confirmer son rôle d'espace naturel : elle est de toute façon non constructible car inondable. La proximité de l'itinéraire de la" Loire à Vélo" et du Golf apportent une qualité de vie certaine à l'endroit. Est-ce la raison pour laquelle on ose la densité, aux Deux-Lions ?


La tour Elithis, exemple dijonnais

Arrivée récente d'un magasin de meubles suédois jaune et bleu, construction d'une tour, construction d'un tramway : les projets et les dernières réalisations de l'agglomération de Dijon ressemblent furieusement à ce qui se fait à Tours. Arrêtons-nous sur une réalisation marquante de la ville, la tour Elithis.

A l'origine, c'est un projet de 5000 mètres carrés de bureaux et de commerces à énergie positive, c'est-à-dire que la bâtiment doit produire plus d'énergie qu'il en consomme. Tout cela grâce à force panneaux photovoltaïques, une isolation soignée en ouate de cellulose et une chaudière à granulés. Ainsi, l'édifice inauguré il y a deux ans se targue d'être "le bâtiment le plus sobre au monde à coût standard".

Le mur des réalités

Le projet est-il exemplaire ? Sans doute, même s'il s'est violemment heurté au mur des réalités. Les consommations du bâtiment ayant été sous-estimées, la production d'énergie demeure insuffisante au regard des besoins. Un ratio qui classe le bâtiment "basse consommation". Pas mal, même si cette exigence devient progressivement la norme. Quelques corrections sont espérées pour faire tendre vers zéro la différence entre production et consommation, notamment pour le chauffage.

Quelques techniques mises en oeuvre restent à souligner, comme le système des panneaux extérieurs jouant avec la lumière du soleil. Ils ont pour objectif de maintenir un équilibre entre la surchauffe des locaux par le soleil et la limitation de l'utilisation d'éclairage artificiel.

Tours peut donc tirer des leçons de cette expérimentation dijonnaise de dix étages, même si les "signaux urbains" tourangeaux visent plutôt la vingtaine d'étages, au minimum. Le débat sur la pertinence énergétique des IGH (immeubles de grande hauteur), déjà en cours à Paris, pourrait bien avoir lieu à Tours.


La tour Elithis plus en détails :

Site officiel

Article Wikipédia

Le Moniteur, 20 avril 2010, "Retour d'expérience : la tour Elithis est-elle vraiment un bâtiment à énergie positive ?"

 

Les tours l'intéressent

A la fin de cette série d'articles sur le futur PLU de la ville, on ne peut oublier le blog de Matfanus, qui, avec "Du trash et des baisers", offre certainement le meilleur blog d'urbanisme (entre autres sujets) de la place tourangelle. Mathieu Giua fait régulièrement partager son intérêt pour les tours. Voici une sélection de ses articles qui prolongeront avec pertinence la lecture de ce dossier :


(1) La Nouvelle République, 2 décembre 2010, "Une véritable entrée de ville au carrefour de Verdun".

L'enquête publique sur le PLU est en cours dans les mairies de Tours jusqu'au 10 mars. Informations sur les dates, horaires et permanences du commissaire enquêteur sur urbansime.tours.fr.

Publié dans Spécial PADD-PLU

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lademoiselledesvilles 06/04/2012 00:50

pourquoi tu ne me réponds pas ? En tant qu'ancienne tourangelle ça m'intéresse de savoir...

lademoiselledesvilles 30/03/2012 17:25

Je suis contente qu'on essaie de faire un travail autour de cette gare et la mettre d'avantage en valeur. Par contre dans l'ensemble du projet, tu ne parle pas de l'intégration paysagère. J'ai
l'impression en lisant ton article que la ville de Tours fait beaucoup de bâti diversifié mais aucune préoccupation de la création ou de mise en valeur des espaces verts. Est-ce le cas ?

Alain Beyrand 22/02/2011 15:51


Le meilleur site d'urbanisme de la ville privilégierait les hautes tours ? Je doute que cette vision partisane de l'urbanisme, très XXème siècle, soit partagée par une majorité de Tourangeaux.

La mienne ne l'est peut-être pas non plus, elle est aussi partisane mais bien différente, elle est même inverse puisque je m'oppose aux hautes tours, comme je m'oppose à la densification, du moins
entre Loire et Cher et dans le contexte actuel. C'est ce que j'ai expliqué dans ma déposition à l'enquête du PLU, ici : http://pressibus.free.fr/blogcvl/densification.html


Matfanus 19/02/2011 18:04


Merci Hugo pour la précision sur la hauteur. C'est peut-être moi qui ai induit Arnoul en erreur, j'ai repris les 70m de hauteur car c'est celui que les élus reprennent toujours dans leurs
interviews.


Hugo Massire 19/02/2011 14:14


Salut Arnoul,

Pour la tour de l'ilot de la rue de Nantes, la hauteur maximale serait fixée à 58 mètres ; c'est du moins celle retenue dans la carte de secteur de plan masse jointe au dossier du PLU mis à enquête
publique.

Pour la (ou les) tour prévue aux Deux-Lions, le plan des hauteurs précise une hauteur maximale de 65 mètres : on ne dépassera dans tous les cas pas celle des tours jumelles du carrefour de
Verdun.

A bientôt.


Arnoul MAFFRE 20/02/2011 12:29



Mea culpa, voilà ce que c'est de ne pas vérifier dans les documents. Je corrige de suite !


C'est peut-être judicieux de limiter ainsi la hauteur pour la tour de la gare. En tout cas, le défi architectural repose ici : la tour ne doit pas "écraser" la gare. Les deux édifices doivent à
l'inverse se mettre en valeur mutuellement. Ce qui n'empêche pas d'être audacieux...