Karlsruhe, capitale mondiale du tram-train

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Karlsruhe est la 21ème aire urbaine allemande avec 290 000 habitants1. Elle se situe dans le Bade-Wurtemberg, sur la plaine du Rhin, à quelques kilomètres du fleuve. La ville est très proche de la frontière française et se situe à 70 kilomètres de Strasbourg.

La ville a conservé son tramway ancien, à écartement normal de 1435 mm. Cela lui a permis de développer, pour la première fois en Europe, un réseau de tram-train dès 1992. Le système consiste à interconnecter le réseau de tramway urbain au réseau national de la DB.

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Cette rame récente à plancher bas assure la ligne 3. Kaisersstrasse, Karlsruhe, 11 décembre 2010.

Aujourd'hui, la région de Karlsruhe est dotée de quatre réseaux :

  • le réseau Regio. Il s'agit des trains régionaux, tel qu'il en circule dans tout le pays, assurés par l'opérateur historique DB, équivalents à nos TER. Ils n'ont pas été remplacés par le tram-train car ils assurent une mission qui leur est complémentaire. Ils s'éloignent beaucoup plus de Karlsruhe et marquent des arrêts moins rapprochés. Près de la ville, ils peuvent faire tronc commun avec les S-Bahn sur le réseau national.
  • le réseau S-Bahn. Les S-Bahn (abréviation de Schnellbahn, chemin de fer rapide) sont très développés dans les agglomérations allemandes, dont beaucoup ont une population bien supérieure à Karlsruhe. Dans la plupart des cas, il s'agit de "simples" trains de banlieue qui circulent sur le réseau DB. A Karlsruhe, la plupart des lignes de S-Bahn sont assurées en tram-train et desservent donc à la fois des stations du réseau urbain et des gares du réseau DB.
  • le réseau tram. Ses rames circulent uniquement sur le réseau urbain, dont le kilométrage est impressionnant. Sur beaucoup de lignes, il y a tronc commun entre des S-Bahn et des trams.
  • le réseau bus. Le réseau de tram et S-Bahn est si développé que les bus n'assurent que des lignes très secondaires, sur de courtes distances. Les lignes ont au moins un terminus en correspondance avec le tram, même en zone suburbaine.

 

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Les tramways les plus anciens circulent sur la ligne 5. Les rames urbaines n'ont pas de portes sur la gauche et sont équipées d'un poste de conduite à une seule extrémité. Les terminus sont équipés de boucles ou de tiroirs de retournement. Karlsruhe, 11 décembre 2010.

On compte donc :

 Sept lignes de S-Bahn :

  • S1 (avec sa branche S11) assurée en tram-train, de direction nord-ouest - sud-est.
  • S2 assurée en tram-train, de direction nord-est - sud-ouest.
  • S3 (avec ses branches S31 et S32) assurée en train de banlieue, de direction nord-est - sud-ouest.
  • S4 (avec sa branche S41) assurée en tram-train, de direction est - sud-ouest.
  • S5 (avec ses branches S51 et S52) assurée en tram-train, de direction nord-ouest - sud-est. Cette ligne est intéressante : à l'ouest de la gare centrale, la S5 et la S52 empruntent le réseau urbain et desservent le centre-ville, tandis que la S51 circule sur le réseau DB et permet de relier rapidement les périphéries à la gare.
  • S6. C'est une ligne suburbaine qui dessert uniquement le sud-est de la région et utilise le réseau DB. Elle a pour origine Pforzheim, une ville de près de 120 000 habitants2.
  • S9. Elle assure une mission banlieue-banlieue à l'est de Karlsruhe en reliant Mülhacker à Bruchsal.

 

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Interstation entre Mülburger Tor et Schillerstrasse. Un tram urbain quitte la première station tandis qu'un S-Bahn sessert la seconde. Kaisersalle, Karlsruhe, 12 décembre 2010.

Huit lignes de tram :

  • 1 Oberreut - Durlach via Europaplatz.
  • 2 Tivoli - Wolfartsweier via la gare centrale et Europaplatz. Une branche 2E, qui forme finalement une ligne à part entière, relie la gare centrale à Siemensallee.
  • 3 Hauptbahnhof - Heide via Europaplatz
  • Hauptbahnhof - Waldstadt via Europaplatz
  • 5 Rintheim - Rheinhafen via Marktplatz
  • 6 Hauptbahnhof - Rappenwört
  • 8 Durlach - Wolfartsweier

Les lignes Regio sont également numérotées pour faciliter la lisibilité du réseau global.

La topographie et l'architecture de la ville facilitent l'insertion des lignes de tram. Sur le réseau urbain, il y a très peu de déclivités et les artères sont très larges. La plupart des avenues sont donc sillonnées par une double voie de tram,très souvent en site propre. Cependant le recours au site mixte et à la voie unique a été nécessaire, par exemple pour desservir le quartier médiéval de Durlach, aux rues étroites.

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Le tram se fraie un chemin sur sa voie unique, près de Durlach. Un des rares secteurs en site mixte du réseau. Karlsruhe, 12 décembre 2010.

Dans beaucoup de stations, on trouve un parking-relais (P+R) qui permet de laisser sa voiture pour les transports en commun. Notons également les B+R (Bike+Ride), des parkings à vélos. Les stations d'auto-partage, un peu plus rares, se multiplient aussi. Le transport des vélos est autorisé dans les rames S-Bahn, y compris en centre-ville, mais banni dans les lignes de tram urbaines.

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Le réseau fait aussi circuler ce tramway historique sur une boucle de l'hypercentre, histoire de se replonger quelques dizaines d'années en arrière. Marktplatz, Karlsruhe, 12 décembre 2010.

Effet pervers de cette organisation des transports à grande échelle et sans zonage tarifaire, les tickets sont très chers. Il faut compter 2,10 € pour un voyage. Les tarifs favorisent l'achat d'abonnements pour les habitants, le mensuel revenant à 48 €. Le ticket valable une journée pour une personne coûte 4,90 €. Cependant, on peut avec le même titre prendre le tram urbain, le S-Bahn et le train régional dans une certaine limite de distance. Autre problème : tous les quais de toutes les stations ne sont pas toujours adaptés à tous les modèles de rames qui circulent, ce qui limite un peu l'accessibilité.

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Petit jeu de différences entre le tram-train S-Bahn (en haut) et le tram urbain (en bas). Kaiserstrasse, Karlsruhe, 11 décembre 2010.

Le réseau souffre maintenant d'engorgement : huit lignes avec un cadencement de dix minutes chacune parcourent le tronçon central et il devient difficile de traverser les voies. Des travaux d'ampleur sont engagés pour y remédier : la ligne sera enterrée en 2013 dans l'hypercentre, déjà réservé au tram, aux piétons et aux cyclistes. Les travaux ont déjà commencé aux deux extrémités de la future tranchée couverte qui va être réalisée dans l'axe est-ouest. Les stations en surface seront remplacées par des stations souterraines, comme sur une ligne de métro.

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Premiers travaux de mise en souterrain des voies du centre-ville. Karlsruhe, 11 décembre 2010.

Pour terminer, je vous propose une vidéo de quelques minutes sur la ligne 1, en queue de rame. Le fait qu'un seul côté soit équipé d'un poste de conduite a permis de réaliser ce film.

 

 


(1) Difficile de comparer Karlsruhe à une ville française en terme de population. En effet, les limites s'étendent bien au-delà de ce qu'on appellerait la ville-centre en France. Vu de plus loin, difficile également de définir une aire urbaine : Karlsruhe se situe dans le sillon rhénan, avec une urbanisation quasi-continue jusqu'à Baden-Baden voire Strasbourg et Offenburg au sud, par exemple. C'est un peu comme si Tours avait absorbé Joué-lès-Tours, Saint-Pierre-des-Corps, La Riche, Saint-Cyr-sur-Loire, etc.

(2) Toujours pour comparer à Tours : c'est comme s'il y avait une agglomération de la taille de Bourges à la place de bourgades comme Bléré ou Langeais, c'est-à-dire à 20 ou 30 kilomètres de la ville-centre. Le tissu urbain autour de Karlsruhe est bien plus dense qu'autour de Tours.